24
déc

le grand désert d’Atacama

matin de glace, brillant, limpide, si clair si beau peut être mais tout me jette à terre comme le souffle d’une explosion.

à quoi bon dire ici la déception immense qu’est devenue jusqu’à l’image de ton visage?

j’errais, détruite, dans le semi-sommeil de nos décombres. et puis soudain, à la radio, une voix très sûre, très douce, une voix n’existait que pour moi. elle disait: la mesure de l’espace, l’inconnu, le vivant, les astronomes qui braquent leurs télescopes sur le ciel et les femmes qui errent les yeux au sol à la recherche des disparus dans le grand, le très grand désert d’Atacama.

elle disait aussi: la douleur du retour d’un monde à jamais disparu.

c’est fou, c’est inexplicable – à ce moment précis de ma douleur cette voix coulait liquide sur toutes les choses que j’aime et qui me bouleversent, cette voix me disait, dans l’interstice de chaque mot, que c’était là ce qui me définissait: l’intense présence au monde, l’écart, l’humain, la mémoire, la beauté.

alors, tu vois, tes frasques, tes peurs, ta trahison même, je crois que ça n’est plus mon problème.

je crois que j’ai donné sans limites, que je donnerai encore, que ce qui bat dans ma peau s’affaissait de ne pouvoir s’épanouir. à quoi bon pleurer sur tout ce que tu blesses en moi?

j’ai eu peur d’être seule. dans ce matin limpide, dans la voix la plus belle, dans l’émotion que suscite cette « nostalgie de la lumière » qui saisit à la fois la désolation du désert et l’appel splendide de la voie lactée, je sais maintenant que je ne le serai jamais.

Jean-Claude Ameisen, « sur les épaules de Darwin »: Nostalgie de la lumière sur France Inter

bouleversante sculpture de Mario Irarrázabal

 

1
déc

toujours près du Brésil

dans ces fêtes de fin d’année il y a toujours un DJ importé de Williamsburg, Brooklyn, des petits fours à foison avec des vins chiliens, un prof terriblement connu qui insiste pour danser façon valse sur Lady Gaga, un autre qui fait mine de téléphoner à Badiou pour lui présenter ses voeux au vu et su de tous, un type qui me sort que je suis franchement plus bandante que Heidegger (je traduis, mais c’est l’idée principale), et puis, si on a de la chance, les Latinos qui débarquent, tard, les yeux brillants, et m’emmènent par la taille, et brusquement tout est très simple et merveilleux.

évidemment il y a toujours un moment où l’on frôle la crise diplomatique avec yours truly tournant les talons parce que de l’Italien ou du Brésilien qui me mangent des yeux et du bout des doigts aucun ne me laisse finir mes phrases. l’un sourit, l’autre s’excuse, du coin de la pièce l’Argentin nous toise en silence.

(plus tard, beaucoup plus tard, j’explique au garçon qui parle la plus belle langue du monde qu’à chaque fois que j’ai tenté d’aller au Brésil je me suis retrouvée ailleurs, au Japon d’abord, ou à prendre des cours de portugais en Nouvelle-Zélande avec une arrière-arrière petite fille d’émigrés allemands de Santa Catarina qui faisait un churrasco d’enfer. cet été même à Buenos Aires, j’avoue, je ne cessais de me demander si je ne m’étais pas trompée de latitude, et j’en souffrais comme d’un souvenir perdu, un souvenir d’un pays que je ne connais pas.)

(plus tard encore, quand il me dit qu’il a habité plusieurs années à Tokyo, je sens mon coeur d’artichaut effeuillé et offert)

1er décembre 2011
peinture de Carlos Pertuis

Page suivante »